Historique de la ruche sans cadre

Nous sommes heureux de pouvoir poursuivre la publication des chroniques de Jean-Claude Guillaume:

apiculture  écologique chronique 2

Passer en revue toutes les ruches sans cadres serait une gageure, car elles sont nombreuses et fort différentes de par le monde, quant à leur formes, leurs dimensions et le matériau utilisé. Et en remontant assez loin dans le temps, il faudrait y consacrer un ouvrage entier pour les répertorier.

Le musée des Arts et Traditions populaires à Paris en possède quelques unes, mais certains musées de l’abeille sont souvent très intéressants également par les modèles locaux qu’ils présentent.

Mais là n’est pas mon propos. Ce qui m’a intéressé ici, c’est d’en examiner quelques unes parmi celles qui nous touchent de près et qui pour certaines, ont eut une incidence sur cette ruche écologique et qui font plus ou moins partie de l’évolution qui nous a amenée à cette ruche. Et je pense que l’Abbé Warré a vraisemblablement fait plus ou moins la même analyse lorsqu’il a conçu sa ruche populaire.

Et ce qui est étonnant, c’est que le hasard a voulu qu’un autre ecclésiastique, le curé de Tily, joue également un rôle tout à fait involontaire dans cette évolution, en découvrant que les abeilles étaient capables de passer d’un élément dans un autre situé en dessous, lorsque la place leur manquait pour continuer leur évolution et leurs constructions.

J’en ai sélectionné une douzaine qui illustrent bien l’évolution de ces ruches et de l’apiculture pour aboutir à notre ruche écologique qui est la plus récente des ruche sans cadre.

image des ruchesRuche cloche (1)

Tressée en osier comme un panier, cette ruche était recouverte d’un torchis. Travail de vanier. Ruche très courante que l’on alignait le long d’une maison ou d’une grange, et à l’abri d’une avancée du toit. Les abeilles construisaient leurs rayons à partir d’un croisillon de bois fixé sous la calotte. Et bien entendu, pour récupérer le miel, il fallait chasser les abeilles et bien souvent les tuer. Quitte à capturer ensuite un nouvel essaim. Ce qui était possible directement avec ce modèle en forme de cloche.

Ruche cloche en paille (2)

Ruche en paille tressée recouverte d’un surtout de protection en paille très pointu qui rappelle un peu les toits de chaume des maisons anciennes.

Modèle qui est déjà un peu plus travaillé que le précédent. Même processus de construction pour les abeilles, et même procédure que précédemment pour ce qui concerne la récupération du miel. Ruche qui étaient généralement mises sous abri également.

Ruche de paille (3)

Cet autre modèle de ruche de paille est un peu plus grossier, moins ouvragée. Même processus de construction pour les abeilles, et même procédure que précédemment pour ce qui concerne la récupération du miel. Ruche qui étaient généralement mises sous abri également.

Le catoir (4)

Il s’agit ici du fameux catoir en paille tressée. Un travail d’artiste dans lequel nous retrouvons le même processus de construction pour les abeilles, et la même procédure que précédemment pour ce qui concerne la récupération du miel. Ruche qui étaient généralement mises sous abri également. Ce modèle permettait également de capturer facilement un essaim. Ce que continuent d’ailleurs de faire certains apiculteurs qui en possède encore un.

La ruche tronc ou “brusc” (5)

Ruche primaire creusée dans le tronc d’un châtaignier et recouvert d’une pierre plate ou d’une planche épaisse. Là également, nous retrouvons le même processus de construction pour les abeilles à partir d’un croisillon de bois, et la même procédure que précédemment pour ce qui concerne la récupération du miel. C’est à partir de cette ruche primaire que Jean-Marie a construit ses ruches en troncs d’arbres dans le but de “décortiquer” et d’analyser le mode de vie naturel de l’abeille dans une construction sauvage. Le tronc d’arbre creux étant le plus typique.

Le premier modèle a été semblable à ce qui est montré à la case n° 5, avec ensuite des modèles un peu plus élaborés et constitués de plusieurs éléments permettant de meilleures observations (voir le chapitre 24 de notre ouvrage) et surtout une plus grande facilité pour récupérer un peu de très bon miel. Modèle de ruche qui est encore en service dans certaines régions. Ce type de rucher étant très pittoresque.

Ruche écossaise (6)

Dans ce modèle très ancien (antérieur à 1700), nous découvrons le principe de la ruche Warré et de la ruche écologique par lequel nous ajoutons des hausses sous la première.

Nous devons cette ruche et son application à un membre fondateur de la Société royale d’Agriculture de Bretagne, Monsieur de la Bourdonnaye, – nom prédestiné – qui, sur base d’une pratique utilisée en Écosse pour éviter l’essaimage et d’une observation faite par un certain curé de Tily (près d’Orléans), imagina cette ruche de paille constituée de paniers dont le fond était percé d’un trou pour permettre le passage des abeilles. Le panier supérieur étant plein, les abeilles descendaient dans le panier inférieur et continuaient leurs constructions (processus naturel dans la ruche sauvage).

La petite histoire du curé de Tily qui par un fait inattendu et une observation qui ne manque pas d’intérêt, sera déterminante pour la suite de cette apiculture écologique avant l’âge, que l’on appela le “fixisme”, en opposition au “mobilisme” pour ce qui concerne les ruches à cadres. Ce curé ayant déposé et oublié une ruche de paille sur un tonneau, et l’orifice de cette ruche de paille coïncidant avec une ouverture dans le tonneau, il se fait que lorsque les abeilles eurent remplis la ruche de paille, elles descendirent dans le tonneau pour continuer leur évolution et leurs constructions.

Ce petit événement qui aurait très bien pu passer inaperçu, fut au contraire une révélation, et nous en vivons la suite aujourd’hui.

Ruche à calotte (7)

Cette ruche en paille tressée quelque peu améliorée, permettait de récolter le miel de la partie supérieure – la calotte – que l’on remplaçait par une calotte vide. La colonie continuant d’évoluer dans la partie inférieure.

Ruche à calotte (8)

Dans cet autre modèle de ruche à calotte qui se situe entre la ruche à calotte et la ruche pyramidale, nous voyons s’affirmer le principe de l’agrandissement de la colonie et des constructions par le bas. Principe tiré du mode de vie naturel de l’abeille.

Ruche pyramidale (première phase)(9)

Cette ruche est la suite logique de la ruche écossaise. Monsieur de la Bourdonnaye n’ayant pu poursuivre son expérience comme il l’aurait souhaité, ce fut Monsieur Pierre-Louis Ducouédic (1743-1822) qui la reprit et qui la mena à son terme.

La colonie installée dans la cloche supérieure, passait ensuite dans une caisse en bois pour continuer son évolution et ses constructions, puis dans une seconde, puis dans une troisième (voir schéma de l’évolution, ci-dessous). Le principe de la ruche avec évolution naturelle était né, il suffisait de l’améliorer pour ce qui concerne l’aération, la ventilation et la régulation intérieure. Ce qui aujourd’hui, est chose faite.

chronique 2 évolution de la ruche pyramidale

Ruche en plâtre (10)

Basée sur la ruche tronc et le principe de la ruche pyramidale, cette ruche à éléments préfabriqués et superposés en plâtre, réalisée par Gilbert Veuille, permet aux abeilles de travailler selon leur mode de vie naturel et de construire leurs rayons avec leur propre cire en agrandissant leur rayons vers le bas comme dans la ruche sauvage. L’inconvénient de cette ruche réside dans la matériau utilisé. Le plâtre, malgré qu’il soit mélangé avec de la paille coupée est fragile, et la condensation ruisselle facilement sur les éléments, à la différence du bois. Il lui faudrait un système de ventilation efficace pareil à la ruche écologique.

Ruche originale de l’abbé Warré (11)

Ruche presque parfaite. Tout y est, ou à peu près; un plancher qui, sur pieds, permet d’isoler la ruche à une dizaine de centimètres au-dessus du sol, des éléments superposables (les hausses), sans vitres dont les dimensions plutôt réduites ont été judicieusement définies, un toit dans lequel se trouve un coussin isolant, et entre ce toit et la hausse supérieure, une toile de jute propolisée qui est sensée permettre aux abeilles d’intervenir dans la ventilation de la ruche, en modulant le débit d’air qui la traverse en venant du trou de vol et qui pénètre dans le coussin.

Seuls inconvénients: le toit n’est pas assez efficace dans sa fonction d’évacuation de l’air qui traverse la ruche, et il faut ouvrir la ruche pour connaître l’état d’avancement de la colonie, voire la soulever, la soupeser ou la peser. Ce sont ces deux points qui seront revus et améliorés pour aboutir à la ruche écologique.

Ruche écologique avec toit monobloc (12)

Modèle original mis au point par Jean-Marie Frèrès. Il l’a réalisée à partir de la ruche de l’abbé Warré et en tenant compte de ses observations concernant le mode de vie naturel de l’abeille qu’il avait acquises à l’aide de ses ruches troncs. Cette ruche est complète et donne d’excellents résultats.

Les hausses ont les mêmes dimensions que celles de la ruche Warré, mais avec des vitres à l’arrière de chacune d’entre elles qui permettent de suivre les colonies sans jamais ouvrir les ruches, et un toit monobloc complètement repensé et équipé d’une chambre de ventilation qui travaille réellement. Ce qui permet aux abeilles d’obtenir une parfaite régulation ventilation – température – humidité – facteur capital du bon contexte intérieur d’une ruche – ceci, avec une moustiquaire propolisée plus efficace.

Le toit monobloc consiste à n’avoir qu’un élément, soit la chambre de ventilation, dans laquelle sont incorporés le coussin isolant et un nourrisseur de façon temporaire le cas échéant.

chronique 2

Ruche écologique avec toit modulaire (13)

Sur ce modèle amélioré par Jean-Claude Guillaume, le toit monobloc est remplacé par un toit modulaire qui comporte deux éléments en fonctionnement normal et trois lorsqu’il faut y ajouter un nourrisseur.

En fonctionnement normal nous avons au-dessus, une chambre de ventilation qui comporte la plaque supérieure du toit et qui n’a que cette fonction. En dessous, nous avons un module qui va contenir le coussin isolant, et c’est ce module qui va reposer sur la moustiquaire placée sur la hausse supérieure.

En cas d’utilisation d’un nourrisseur, un module supplémentaire s’intercale entre le module du coussin et la moustiquaire pour y placer ce nourrisseur.

Ce toit un peu plus élaboré permet plus de souplesse dans la mise en place et l’approvisionnement du nourrisseur. Bien entendu, cette évocation et cette évolution des ruches sans cadres comportent bien d’autres ruches et notamment très proches et inspirées de la ruche de l’abbé Warré, notamment les ruches Modulor et celles élaborées par Gilles Denis et Marc Gatineau, mais si elles ont gardé les mêmes dimensions intérieures, elles se sont quelque peu éloignées du principe de l’abbé et de ce fait n’ont pas alimenté l’inspiration de Jean-Marie Frèrès dans la réalisation de sa ruche écologique qui reste néanmoins unique en son genre.

J-C. Guillaume

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2 thoughts on “Historique de la ruche sans cadre

  1. Bonjour,
    Je recherche une ruche double à calotte, comme la photo n° 7.
    Savez-vous où je pourrais en acheter une ?
    Cordialement

    Francis

    • bonjour Francis,

      Je suis désolée, je ne peux pas vous aider car nous travaillons avec la ruche écologique. Je ne saurais pas non plus qui pourrait vous aider pour en trouver une.

      amicalement
      julie

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