1-Introduction à l’apiculture écologique

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En ce début d’année 2013, je voudrais aborder cette technique relativement récente dont on parle déjà beaucoup et qui fait de plus en plus d’adeptes.

Certes, elle a de nombreux détracteurs, mais comme tout ce qui est nouveau et qui bouscule les habitudes, il faut en connaître les détails pour en comprendre le bien fondé et éventuellement s’y intéresser.

Notre apiculture traditionnelle ayant de grandes difficultés pour lesquelles à ce jour, nous n’avons pas de véritable solution, et cette apiculture écologique donnant de bons résultats dans différentes régions de la planète, c’est peut-être le moment de se pencher sérieusement sur la question et d’essayer autre chose avant que l’abeille nous tire sa révérence et nous abandonne à notre triste sort, comme c’est déjà le cas dans certaines régions. Le Canada, les USA et certaines régions de Chine sont déjà en déficit d’abeilles, mais beaucoup plus près de nous, nos campagnes sont déjà plus ou moins désertées également et n’ont plus la densité d’abeilles que nous avons connue.

Je me propose donc de vous faire découvrir pas à pas cette toute nouvelle conception de l’apiculture, dans laquelle tout est radicalement nouveau et différend de ce que nous avons pratiqué depuis une bonne centaine d’années, à l’arrivée des ruches à cadres avec lesquelles on nous promettait monts et merveilles.

Le matériel est beaucoup plus simple, les prestations sont réduites au minimum, cette technique étant beaucoup moins coûteuse que la technique moderne que nous connaissons.

La ruche est différente également de toutes les ruches à cadres, celle-ci étant conçue pour le confort des abeilles et non pour leur exploitation. Sa particularité étant qu’elle ne comporte pas de cadres, les abeilles construisant elles-mêmes leur rayons de cire, comme elles le font depuis des millénaires dans leurs ruches sauvages. Et nous verrons ultérieurement que cette particularité qui peut apparemment ressembler à un retour en arrière, ne comporte que des avantages.

Quand à la méthode, en comparaison avec la méthode moderne, c’est le jour et la nuit. Non seulement elles sont totalement différentes, mais elles sont tout à fait incompatibles.

Et pour ce qui concerne l’état d’esprit qui préside à la pratique de cette nouvelle conception de l’apiculture et à nos rapports avec l’abeille, cela nécessite également un changement important.

Avec cette apiculture écologique, nous ne sommes plus dans une démarche d’exploitation, de production, et de rentabilité, mais dans une démarche de protection et de sauvegarde de l’abeille. L’essentiel n’étant pas de produire du miel afin de pouvoir lui voler le moment venu, mais de l’aider avant tout à assumer ses tâches primordiales que sont la pollinisation et la pérennité de l’espèce et de ses colonies. Le miel venant en dernière position, avec une règle élémentaire et incontournable selon laquelle nous partageons avec elle les produits de sa ruche. Les prélèvements s’ils sont possibles, ne devant jamais être préjudiciables à la colonie, celle-ci étant prioritaire. C’est en quelque sorte un travail de collaboration avec l’abeille dans lequel nous devons absolument respecter l’insecte qui est d’une importance capitale dans notre environnement, et respecter également son mode de vie naturel qui est toute sa force.

Nous verrons que ces principes de respect et de partage, sont les maîtres mots de la méthode, et que cela change tout.

Origines de cette apiculture écologique

Tout d’abord, quelques mots sur le concepteur de cette méthode écologique mise au point par un belge ; Jean-Marie FRÈRÈS. Apiculteur amateur, certes, mais chercheur passionné qui, aux prises voilà plus de vingt ans, avec les problèmes conjugués de la ruche Dadant, des maladies et du varroa, s’est mis en tête de trouver une solution à cette problématique, autre que celle proposée à l’époque par tous les médias spécialisés, c’est à dire d’avoir recours aux traitements chimiques dans les ruches pour tenter de redonner la santé aux abeilles et d’éliminer le parasite.

Ne pouvant se résigner à introduire des produits chimiques et toxiques totalement étrangers au monde de l’abeille dans ses ruches, c’était en quelque sorte un quitte ou double. Ou bien il trouverait une solution satisfaisante à tous  points de vue, ou bien il arrêterait cette activité qu’il pratiquait depuis son plus jeune âge et qui le passionnait.

La  base  de  son  raisonnement  était  que  puisque l’abeille avait traversé des millénaires sans trop de difficultés pour arriver jusqu’à nous, les problèmes auxquels nous étions confrontés devaient forcément venir de la façon dont l’homme avait pris son destin en main pour en tirer tous les avantages. Et qu’il ne servait à rien d’apporter dans les ruches des produits sans doute nocifs à l’abeille pour tenter de soigner les maladies et éradiquer le parasite, mais de chercher les causes de ces fléaux et de les éliminer.

Et c’est ainsi qu’il entreprit d’analyser en détails le matériel utilisé alors, la méthode et les différentes procédures appliquées, ainsi que le mode de vie naturel de l’abeille qui lui semblait être également un point capital auquel il fallait attacher de l’importance.

Et ayant  construit des ruches  primaires en troncs d’arbres  pour  analyser ce  mode de vie naturel de l’abeille et en le comparant avec le mode de vie que nous lui imposions dans nos ruches, il s’aperçut très vite que l’abeille semblait vivre beaucoup mieux dans ses troncs d’arbre, et que le mode de vie que nous lui imposions, était très éloigné de son mode de vie sauvage. Beaucoup trop éloigné sans doute, et il fut vite convaincu que ce devait être cela le nœud du problème.

Or, le hasard mit sur son chemin, le petit livre de l’abbé Warré «  L’Apiculture pour tous ».

Petit livre sans prétention, mais la lecture assidue de cet ouvrage qui fut une révélation, lui apporta le chaînon manquant à ses réflexions.

Abbé Warré

L’abbé  Warré  avait  imaginé  une  ruche  dont  le volume était beaucoup plus petit qu’une  ruche Dadant, et dans laquelle il n’y avait pas de cadres. Les abeilles construisant leurs rayons elle-mêmes comme dans la ruche sauvage, et selon leur mode de vie naturel, en agrandissant leurs rayons par le bas.

Et à part une ventilation déficiente et l’impossibilité de suivre  facilement  l’évolution des colonies sans ouvrir les ruches, il avait  pratiquement imaginé la ruche idéale. Son fonctionnement étant très proche des ruches en tronc d’arbre de Jean-Marie.

Il lui fallait donc expérimenter cette ruche pour en savoir davantage.

Les premiers essais ne furent pas très concluants, la progression des abeilles dans leur travail de construction n’était pas facile à contrôler. Les seules façons étant de peser plus ou moins régulièrement la ruche pour avoir une idée de la progression des constructions et de leur remplissage ou bien de l’ouvrir.

La première solution n’était pas très pratique, quand à le seconde, cela revenait à perturber gravement la colonie comme cela se pratique encore aujourd’hui avec les ruches à cadres.

Ce que Jean-Marie voulait à tout prix éviter, car il pensait déjà que cela était préjudiciable aux colonies. Et nous verrons ultérieurement qu’il avait vu juste.

Ses ruches en troncs d’arbres étant déjà munies de petites vitres qui lui avait permis de suivre ses colonies, il modifia donc les hausses de ses ruches Warré de cette façon, ce qui rendit plus facile, les observations nécessaires à une conduite plus méthodique.

Ci-dessous une vue de la vitre arrière d’une hausse avec ce qu’elle permet d’observer. Ce qui est une avancée considérable par rapport à la ruche initiale.

fenêtre ruche

Autre sujet d’inquiétude, la ventilation des ces ruches Warré. La conception du toit telle que l’avait imaginée l’abbé Warré, ne permettait pas une bonne ventilation de la ruche, nous y reviendrons en détails.

Dans l’esprit de l’abbé, le coussin isolant placé au-dessus de la hausse supérieure, était destiné à absorber le surplus d’humidité de la ruche, mais compte tenu que la ventilation était déficiente, l’efficacité du système laissait à désirer.

Ruche originale de l'abbé Warré

Cela devait donc être modifié de telle façon que ce surplus d’humidité soit purement et simplement éliminé.

Ce qui fut réalisé en ajoutant dans la partie haute du toit, peu importe la forme, toit plat, toit plat à une pente ou toit chalet à deux pentes, une chambre de ventilation qui, travaillant comme un extracteur, permet à l’air humide de la ruche d’être aspiré par cette chambre de ventilation et d’être évacuée vers l’extérieur. Nous verrons ultérieurement les détails de l’évolution de cette ruche pour arriver au modèle actuel, et comment fonctionne le processus de ventilation et de régulation de la température et de l’humidité dans son ensemble.

Ruche originale de l’abbé Warré dont le toit  a  été  modifié  par Jean-Marie pour améliorer la ventilation.

Premier modèle  de  ruche  écologique  avec  un toit plat  à  une pente dirigée vers l’arrière.Toit monobloc dans lequel le coussin  isolant est incorporé à la chambre de ventilation.Les  vitres  d’observation  se  trouvent  sur la face arrière.

Ruche écologique dans sa conception originale avec un toit chalet à deux pentes

La ruche écologique était née, il restait à l’améliorer, à la tester, à en découvrir les nombreux avantages qu’elle possède par rapport à toutes les autres ruches, et de rédiger  une  méthode qui permette à tous de l’utiliser facilement et à moindre frais. Ce que nous avons fait pendant ces dix dernières années, malgré la disparition de Jean-Marie parti bien trop tôt avant d’avoir put voir la suite qui a été donnée à sa ruche.

C’est à dire sa mise en application tous azimuts dans  de nombreux  pays, et ce, avec d’excellents résultats, ainsi qu’une dernière conception du toit qui améliore encore le système de ventilation, avec la réalisation d’un manuel conséquent qui vient tout juste de sortir officiellement, en remplacement du manuel initial « L’APICULTURE  ÉCOLOGIQUE  de  A à Z ». réalisé et distribué de façon artisanale depuis 1997.

Nous verrons ultérieurement en détails la conception des différents modèles de ruche Warré, y compris bien entendu, la dernière née, la ruche écologique. Ceci avec leurs avantages et leurs inconvénients, mais il faut savoir que le modèle initial a également inspiré de par son bon volume intérieur plus réduit que celui des ruches traditionnelles, la construction d’une ruche Warré moderne. Elle n’a de Warré que le nom, et son “fonctionnement” et sa conduite s’apparentent plutôt à une ruche moderne petit modèle.

Ruche  Warré  moderne  avec un toit plat en tôle.Ruche  qui  n’a  pas  de  système  de  ventilation similaire à celui de la ruche Warré originale et de la ruche  écologique, et  qui  n’est  généralement pas équipée  non  plus, de  vitres  à  l’arrière des hausses.

Elle est généralement équipée de cadres mais peut également “fonctionner” sans ces accessoires. Toutefois, avec cette ruche qui se démarque de la conception instaurée par l’abbé Warré, nous verrons que nous sommes très loin des grands principes qui président à la conduite de la ruche écologique.

Ruche écologique avec un toit  modulaire plat constitué  de  trois modules. Conception la plus récente.Le module  supérieur  est la chambre de ventilation.Le module intermédiaire contient le coussin  isolant.Le module inférieur placé sur la hausse supérieure: contient le nourrisseur le cas échéant.Les vitres  d’observation se trouvant  généralement sur la face arrière.Cette nouvelle conception étant plus facile d’utilisation que le toit monobloc.

Pourquoi cette ruche est-elle écologique ?

Parce que cette toute nouvelle méthode tient compte du mode de vie naturel de l’abeille sauvage et que dans ce type d’apiculture, c’est l’homme qui se plie aux exigences de l’abeille et non l’inverse.

Définition de la ruche écologique

Par des dimensions très précises établies à partir de l’observation de l’essaim sauvage, la ruche écologique respecte l’espace et le volume intérieur requis par une colonie, le mode de construction naturel des rayons de cire, ainsi que le processus naturel d’hivernage. Elle apporte en outre aux abeilles, ce qui leur manque du fait de leur sédentarisation dans la ruche. Soit le renouvellement systématique des cires naturelles, le miel étant toujours stocké dans des alvéoles relativement récentes, et un état sanitaire de leur habitat toujours sain en toutes saisons. État sanitaire qu’elles entretiennent elles-mêmes avec un ingénieux système de régulation de la ventilation, de la température et de l’humidité du contexte intérieur.

De par sa conception, et par des observations précises des abeilles et de la flore, elle permet à l’apiculteur de toujours connaître la situation d’une colonie à l’intérieur de sa ruche, et de toujours intervenir au bon moment. C’est à dire au moment adéquat pour les abeilles.

J-C. Guillaume

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